Noyant-d’Allier : l’histoire d’un peuple face à son destin !

    Après la signature des accords de Genève (20 juillet 1954) – mettant fin à la Guerre d’Indochine (1946-1954) – entre la République française et la République démocratique du Viêtnam – un premier Centre d’Accueil des Français d’Indochine (CAFI) s’est établi en Auvergne, au cœur de la commune Bourbonnaise de Noyant-d’Allier (03).

Nombreux sont les rapatriés (1500 hommes, femmes et enfants) qui de 1955 à 1965 sont accueillis dans les anciens corons des mineurs (à la suite d’un important incendie qui a coûté des vies humaines, l’exploitation minière a pris fin pendant la Seconde Guerre Mondiale). Qui sont précisément ces « exilés » ? Des militaires français, accompagnés de leurs femmes indochinoises ainsi que de leurs enfants eurasiens ou bien des familles vietnamiennes entières naturalisées – ayant travaillé pour les français – qui, la Guerre d’Indochine terminée, ont été expulsées par Bao Daï, alors Chef de l’Etat du Vietnam (1949-1955). Dès lors, revenons sur l’histoire commune à ces personnes qui, face au destin, ont courageusement reconstruit leur vie en ces terres étrangères.

Les Corons – Noyant d’Allier
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Une nouvelle vie

    En ce mois de décembre 1956, dans la commune de Noyant-d’Allier, un train s’apprête à rentrer en gare. L’hiver est terrible, moins vingt-cinq degrés ! C’est le début de l’action de l’Abbé Pierre. D’ailleurs, la France doit faire face à une très grave crise du logement. Mais il fait froid, bien trop froid pour ces nouveaux arrivants qui ne vont pas tarder à poser leurs valises sur cette terre qui n’est pas (encore !) la leur. Venant de pays chauds, ces mystérieux voyageurs vont devoir courageusement affronter des conditions climatiques plus que désastreuses. Chaque wagon de ce train abrite des hommes, des femmes et des enfants déracinés, ayant délaissé famille, emploi et pays. La plupart ne parlent pas le français. Malgré tout, Noyant-d’Allier va devenir pour chacun d’entre eux le point de départ d’une vie nouvelle.

    Depuis la Seconde Guerre mondiale, la mine de charbon de Noyant d’Allier est fermée. Ainsi, les corons, ces anciens logements rustiques destinés aux mineurs, sont logiquement vides. Dès lors, il n’y aurait aucun mal à loger l’ensemble de ces personnes venant d’un pays lointain et méconnu appelé Indochine. Là-bas, tous ces gens avaient probablement de belles situations et devaient vivre dans des logements modernes mais ici qu’allaient-ils devenir ? L’on peut lire leur peine sur leur visage. Certes, les corons ne sont pas luxueux. Ces logements sont tous semblables : 1 cuisine, 2 chambres, 1 grenier, un jardinet, pas de sanitaire et aucune eau courante.

S’habituer et s’adapter

    Alors  que la population s’apprête à doubler en nombre, chaque esprit noyautais se demande comment ils vont pouvoir cohabiter avec ces cultures si différentes. Tous doivent faire face à cet événement qui bouleverse le quotidien de chacun. Dès les premiers beaux jours, l’accès au bourg de Noyant est devenu un véritable périple. La population des corons semble s’être réunie sur la route. Difficile de se frayer un chemin. A tous les coins de campagnes, les enfants cueillent les fruits pas encore mûrs mais ils semblent pourtant les apprécier. La population locale doit progressivement s’habituer à tout cela !

    D’ailleurs, à l’école, c’est une véritable révolution. Dix-sept classes rassemblent les élèves issues de familles rapatriées et les noyantais d’origine. Malgré la défiance des uns et des autres, de réelles amitiés basées sur la différence sont nées sur les bancs scolaires de Noyant-d’Allier. Par ailleurs, maîtrisant peu ou prou la langue française, les adultes vont eux aussi à l’école. En effet, une classe d’apprentissage du français est mise à leur disposition dans le local des pompiers avec un enseignant de l’Education Nationale ainsi qu’un interprète.

La tolérance, le partage et l’acceptation des différences

    Quelques temps plus tard, à la demande de la communauté bouddhiste, Monsieur Desfougères – plus communément appelé « Monsieur le Maire » – a accepté de leur céder un terrain appartenant à la commune. Dès 1983, une pagode (édifice religieux bouddhiste), ne tardera pas à sortir de terre en cet endroit qui symbolisera la tolérance, le partage et surtout l’acceptation des différences.

    Une différence que ce petit village Bourbonnais, terre d’accueil continuera longtemps à cultiver car Noyant-d ’Allier, ce sont aussi des gens venus de Pologne, du Maghreb, des Antilles, du Vietnam, du Cambodge, du Laos, ect. Chacun d’entre eux possèdent des racines au sein du « pays France » et tous sont attachés aux terres qui les ont nourris et qui, pour beaucoup, les ont vu naître.

S’adapter… mais à quel prix ?

    Pour ces gens, l’exil, c’est le fait de repartir à zéro, de recommencer au plus bas de l’échelle sociale. Tout métier est bon à prendre, la faim oblige. L’exil, c’est la reconstruction de toute une vie, la reconstruction de son image en endossant le rôle parfois ingrat de la personne étrangère. Ces hommes, ces femmes et ces enfants doivent faire face à une perte de lien totale synonyme d’une rupture nette avec leur passé. Cette population doit s’adapter en oubliant une partie d’elle même.

    Ces exigences ont profondément modifié la personnalité de ceux contraints de quitter leur pays qu’ils ne reverront peut-être jamais. Le changement est brutal : A quel point peut-on changer une personne ? Leurs habitudes ? Leurs traditions ? Leurs croyances ? Leur Histoire ? Soixante ans plus tard, la mixité demeure dans cette commune – lieu d’une intégration réussie – oú l’on prie Bouddha aussi bien que Jésus. Et pourtant, aujourd’hui, ces questions font encore débat au sein de notre société.

Les enfants devant le musée de la mine – Noyant-D’Allier
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Sébastien Massoulié

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