Le Soudicy : Nouvelle monnaie locale en Bourbonnais !

A partir de juin 2019, une monnaie locale sera mise en circulation dans l’Allier (03). Lancé depuis 2016, ce projet est soutenu par la Monnaie Locale Complémentaire et Citoyenne de l’Allier (MLCC03). Organisé horizontalement, cette association localisée à Moulins entend revivifier une économie à la fois sociale et solidaire. A cette occasion, Michel Prothon, l’un des membres titulaires de ce collectif associatif a répondu à nos questions.

Pouvez-vous revenir sur les origines du projet ?

En 2015, nous avons pu réunir plusieurs individualités autour de la volonté commune de créer une monnaie locale spécifique à l’Allier. Ce projet était basé autour d’une réflexion partagée. Après la crise bancaire et financière de 2008, nous nous sommes aperçus que la finance gouvernait le monde nourrissant les intérêts d’une poignée de puissants.

Comment l’association MLCC03 s’est créée ?

Le projet de créer une monnaie locale dans l’Allier a été officiellement lancé en 2016. C’est à ce moment-là que nous nous sommes regroupés en une sorte d’association informelle. Notre première volonté a été d’instaurer des règles de communication non violentes basées sur l’écoute des uns et des autres. Ainsi, nous avons rédiger une charte dans laquelle chaque membre du collectif pouvait se retrouver à travers des valeurs communes.

Quelle a été l’action concrète de ce collectif associatif « informel » ?

Je précise que l’association a été déclarée en mai 2018. Assez rapidement, nous avons commencé à démarcher les professionnels. Par ailleurs, nous nous sommes faits connaître des collectivités locales en participant à des évènements ou en créant des partenariats.  Désormais, nous sommes dans la phase où l’association doit récolter des subventions afin d’imprimer les billets. Cette phase est une étape presque finale. 

Le collectif a-t-il rencontré des difficultés afin de mettre en place le projet de création d’une monnaie locale ?

Pour l’association, l’une des difficultés était de se faire connaître. Il fallait s’ouvrir à un maximum de monde. Pour qu’un jour notre projet se concrétise, il faudra que la monnaie circule avec suffisamment d’intensité entre les professionnels et les utilisateurs afin que cela devienne économiquement intéressant. Ainsi, l’un de nos premiers soucis a été d’attirer un maximum de sympathisants.

Pourquoi avoir nommé cette future monnaie local « Soudicy » ?

Pour trouver le nom de la monnaie, on a fait appel aux habitants. L’association a éliminé les noms qui ne correspondaient pas au projet. Ensuite, plus de mille personnes ont pu participer au vote afin de définir l’appellation de la future monnaie locale. Finalement, c’est le « Soudicy » qui a remporté le plus de voix. Cette action s’inscrivait dans un objectif précis. Il fallait que le plus de monde possible soit au courant de notre initiative. Certains habitants sont devenus des sympathisants de l’association, voire des adhérents. 

Peut-on parler d’une initiative citoyenne ? 

Effectivement. Le terme « monnaie locale » n’est d’ailleurs pas complet. Il vaudrait mieux parler d’une monnaie locale complémentaire et citoyenne. « Complémentaire » signifie que notre initiative ne s’inscrit pas dans une attitude agressive vis-à-vis de l’euro. Nous sommes plutôt dans une complémentarité. Notre objectif n’est pas de remplacer l’euro. Nous faisons plutôt partie de ce que l’on peut appeler « économie sociale et solidaire ». 

Comment va s’organiser la circulation du « Soudicy » ?

Notre monnaie locale va circuler grâce à un aller-retour qui aura lieu entre les utilisateurs et les professionnels. Pour cela, nous désirons nous appuyer sur des vecteurs tel que le social, l’environnemental, l’humain et territorial. Par ce biais, les circuits de proximité doivent être favorisés bien que l’on soit totalement dépendant du circuit international. Nous en sommes bien conscients. 

Pensez-vous que pour l’avenir, ce genre d’initiative pourrait devenir une autre alternative économique pour notre société ?

Ce serait une alternative financière à un niveau local pour les personnes qui auront fait ce choix. Les gens qui choisiront de convertir l’euro en Soudicy deviendront les co-acteurs de cette aventure commune. Au même titre que les cafés associatifs, notre initiative s’inscrit dans une perspective de transition écologique, sociale et humaine. De notre point de vue, on ne peut pas isoler l’homme de la nature. La nature nous fera payer un cher tribut du fait que l’on ne tienne pas compte de son existence dans l’économie réelle. Par exemple, le réchauffement climatique dérive de cette méconnaissance des lois naturelles qui, si elles ne sont pas prises en compte, vont nous coûter plus chères que ce qu’elles vont nous rapporter. 

Quels sont les avantages d’adopter une monnaie locale pour la population ? 

Pour la population locale, l’avantage est de co-construire ensemble une société qui deviendrait pérenne. On ne s’occupe pas seulement du présent mais également de l’avenir. Les personnes porteuses d’un projet qui ne trouve pas sa place dans le circuit économique classique pourront se lancer avec l’aide du tissu social qui sera créé. Ils pourront se réaliser en tant que petit entrepreneur qui font le choix de vivre l’économie autrement qu’une grosse entreprise. 

Quelles sont les structures qui se sont portées volontaires pour adopter cette monnaie ?

Pour l’instant, nous sommes encore en phase de création. Une trentaine de producteurs et de commerçant désirent participer à cette aventure. Majoritairement, le « Soudicy » concerne les gens qui sont dans l’alimentaire mais pas exclusivement. Il y a aussi des artisans. Évidemment, il n’y a pas de grosses entreprises. Sachant que la monnaie n’est pas réalisée, 100 à 200 utilisateurs sont adhérents pour le moment. 

Des évènements sont-ils organisés pour sensibiliser la population ? 

Nous organisons des conférences et des tables-rondes. Nous rejoignons toute initiative ou évènement qui va dans notre sens. Nous sommes soit invités, soit co-créateur, soit investigateur de l’évènement. Nous réalisons également des projections documentaires avec des débats. Le plus gros évènement, nous sommes en train de le préparer. Dès janvier, nous travaillerons en partenariat avec les étudiants du campus de Moulins. Ils vont prendre en main l’aspect contact des médias afin d’annoncer le lancement de la monnaie qui aura lieu le 15 juin 2019. 

Quel va être le rôle des banques ? 

Depuis 2014, avec la Loi Hamon relative à la consommation, nous possédons le droit de convertir des euros en monnaie locale. Les euros convertis feront partie d’un fonds de solidarité. Ce fond de solidarité, on ne pourra pas y toucher. Il restera dans une banque. Nous avons choisi la Nouvelle Économie Fraternelle (NEF). Cet argent qui est une sorte de fonds de garantie va permettre à la NEF de financer des projets tels que le nôtre.  

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