Roma, le souvenir d’un Mexique

Avec Roma, Alfonso Cuaron vient de remporter les Oscars 2019 du meilleur réalisateur, du meilleur film en langue étrangère et de la meilleure photographie.

Roma, un quartier aisé de Mexico dans les années 1970 ; c’est dans ce décor et cette époque qu’Alfonso Cuaron décide de plonger le spectateur avec subtilité. Il dresse le portrait d’une ville marquée par les disparités sociales mais aussi par les répressions autoritaires comme la manifestation étudiante de 1971 plus connue sous le nom de « massacre de Corpus Christi ». Un pays en profonde mutation qui est alors à l’aube d’une guérilla de trente ans. Dans ce film, le réalisateur explore son enfance, chaque instant semble être un de ses souvenirs. Il raconte la vie sur une année d’une famille vivant dans ce quartier où il a lui-même grandi.

L’histoire d’une famille bourgeoise dont la jeune domestique, Cleo (Yalitza Aparicio), occupe le rôle principal. Cette employée de maison indigène, qui est presque une deuxième mère peut difficilement espérer une vie meilleure. Souvent des plans sont faits sur des avions dans le ciel passant au-dessus de l’habitation et de sa cour ; la métaphore de l’espoir d’une vie meilleure. Elle se permet quelques fois de sortir en ville avec son amie ou bien pour flirter. Mais lorsqu’elle se retrouve seule une fois enceinte, elle se retourne vers son employeur elle aussi délaissée par son mari. Un destin qui rapproche deux femmes pourtant différentes de par leurs catégories sociales. Elles vont alors devoir s’unir et se battre ensemble pour surmonter leurs malheurs. Le naturel de la domestique finit par retrouver celui de la bourgeoise. Les scènes de tristesse et de joie s’entremêlent avec habileté dans le film, et parfois sur le même plan. Dans cette intrigue personnelle, Alfonso Cuaron mélange et associe l’humour, la poésie et l’émotion.
C’est un film contemplatif sans réelle narration, qui ne raconte rien mais qui sait capter une atmosphère, des lieux, une époque, celle de l’enfance du réalisateur. Mais ce n’est pas pour autant que Roma constitue un film long et ennuyant, car la virtuosité du cinéaste parvient à envoûter le spectateur dans cette aventure mémorielle.


Pour ce film, le réalisateur de Gravity utilise un 65mm sublimant le noir et blanc. Le travail de lumière provoque une réelle immersion dans le Mexique des années 1970. La seule musique du film se trouve dans les bruits d’ambiance. L’environnement sonore vous plonge dans un réalisme certain. A l’habitude d’Alfonso Cuaron, les plans fixes comme les plans panoramiques sont réalisés avec finesse. Mais les différents plans séquences apportent une contribution évidente à l’immersion et aux soucis du détail.
Roma est un film universel et intimiste qui fait sens, dans lequel Alfonso Cuaron nous transporte dans sa mémoire avec élégance et minutie.

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